vendredi, 13 juin 2008
De la poudre et des chips
Chère Toi, attends, que je te raconte la suite.
11h pétante, me voilà garée devant chez Mr Victor. J’ai encore dans les yeux les images des ablutions Albertines …. C’est pas facile.
Oh je me dis que je vais m’y faire, mais que bon, une petite formation pour préparer à tout ça n’aurait pas été de trop.
Mais ça va.
Allez, hop, bonjour Mr Victor.
Je viens vous voir pour vous aider. Que puis-je faire pour vous ?
- ben voilà, c’est pour elle. Elle déprime …..
Là je vois une dame âgée, dans son fauteuil, en chemise de nuit.
Je regarde Victor et lui demande exactement ce qu’il attend de moi. D’un signe de la tête il me montre un tas de vêtements.
- Il faudrait l’habiller.
Ok ok …. Le temps que j’enlève mon imper et pose mon sac, il l’avait déjà mise debout et hop là, à poil dans la salle à manger.
Toute nue. ( faudra que j’aie une conversation avec Dieu …. Après c’est quoi ? les sauterelles ??? ) . bon.
Je lui dis que ça va aller, lui met sa culotte difficilement. La dame est comme qui dirait surchargée pondéralement … Surtout les fesses et les seins.
_ il faut lui mettre de la poudre pour les escarres. Sous les seins, me dit Victor.
J’avale ma salive, souris. observe , me demandant comment vais-je lui mettre la poudre , sous les seins quand le « sous « se situe géographiquement au niveau des genoux.
Respiration, je prends ma main gauche et soulève comme je peux. Je mets un genoux à terre ( ce qui me rappelle bizarrement une autre situation mais j’arrive pas à mettre le doigt dessus ….. ) et psschiiittte comme je peux. Le nuage talqueux de pévaryl me revient dans la figure.
Génial.
Je transpire du coup ça colle.
Tant bien que mal je m’acquitte de ma tache. On rassied madame. Et je demande ce que je peux faire à Victor. Il me demande de faire son lit et que sinon y a rien à faire.
Je vais dans la chambre, qui est plutôt propre, moderne. Là je vois des miettes sur le lit, beaucoup sur l’oreiller.
Rahhh il déjeune au lit. BAhh il a raison, qu’il profite de sa retraite Victor. Je secoue l’oreiller par la fenêtre, refais le lit. , balaie du revers de la main les miettes ( rohhh ce Victor ) . Un coup d’aspi pour celles au sol et hop.
Victor est assis au salon. Je parle un peu avec lui. Il a l’air très très gentil, touchant même.
Il me raconte la dépression de sa femme, il est triste. Il me parle, je lui remonte le moral et incluse sa femme dans la conversation. D’abord elle ne répond pas, puis, petit à petit, lève les yeux, fait une mimique, et parle des ses cauchemars. Elle rêve de cercueils , a peur de mourir … à peur de tout, qu’on l’abandonne.
Tout en parlant, je regarde souvent Victor. Il s’illumine, parle, secoue la tête ….. et y a des trucs qui tombent à la volée à chacun de ses mouvements.
Des croutes.
Des croutes comme des miettes. Couleur croute de pain.
Un psoryasis sûrement, et je pense à mes mains. Faut que je me lave, faut que je me lave …..
J’emprunte ses toilettes. Y a des miettes de pain partout, sur les toilettes , comme des petites chips ….
Super.
Je retourne vers eux, me concentre sur autre chose, autre chose …. Parler du temps, des belles choses de la vie, .
Je m’en vais tout de même, Victor sourit, me dit que je lui ai fait du bien. Sa femme me sourit aussi.
J’espère qu’elle se sortira de sa dépression, vraiment. Et quoi faire pour l’aider ? pfff ……..
Victor me fait signe de la main depuis le pas de sa porte, il pleut des chips .
" la maman "
21:05 Publié dans aide à domicile mode d'emploi ... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
Si cela peut te rassurer, le psoriasis n'est pas contagieux. Par contre c'est plutôt ragoûtant (je connais, ma mère en fait...)
C'est une maladie psycho somatique quasiment inguérissable...
Je t'admire de faire ce travail, personnellement, je ne pourrais pas !
Ecrit par : Cigale | vendredi, 27 juin 2008
Ecrire un commentaire